Lorsque l'un des nôtres s'en va, c'est toute la vie
d'une famille qui est bouleversée.
C'est toute la famille qui souffre de l'agonie de celui qu'elle
aime.
Et les proches, au fil des jours, n'en finissent plus d'y
penser sans cesse.
La fatigue et l'angoisse se font intenses. Il y a quelqu'un
qui meurt et tous les autres dont la vie est comme suspendue.
Comment s'étonner alors qu'ils éprouvent tour à tour
de la colère, de l'impatience, et jusqu'à ce
désir tenace qu'on en finisse enfin…
Parfois, les proches se mettent à exprimer directement
ou implicitement une demande d'euthanasie.
Implicitement par la remise en cause de tous les soins administrés
ou simplement du temps qui n'en finit pas de s'écouler,
avant le dernier souffle.
Explicitement, en interrogeant les soignants à propos
des modalités qui permettraient la "délivrance".
Il arrive qu'ils pensent que c'est un service à rendre à celui
qui ne meurt pas encore, qu'on lui doit cela, par fidélité à ce
qu'on imagine être son désir ou simplement son
besoin.
Dans tous les cas, c'est une grande violence qui traverse les
membres de la famille ou les amis, et bien souvent la source
de quiproquos, de tensions, de déchirements.
Pour les soignants (et pour le malade lui-même), il
s'agit de savoir se dépêtrer de toute cette souffrance
et d'un regard souvent ambivalent sur la personne en fin de
vie.
La demande des proches d'interrompre la vie dont ils se sentent
responsables retentit violemment sur les équipes soignantes
qui la comprennent comme une accusation ou au moins un signe
d'échec.
Et que dire de la personne malade qui peut sentir quelque chose
se tramer autour d'elle, pour son prétendu bien ou,
les motivations étant toujours un peu mêlées,
parce que sa vie est devenue insupportable aux siens… Parce
que, avouons-le, elle dérange…

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