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Dr Camberlein : "Nous vivons des moments très intenses"

Film "Partir accompagné", Planète, 22 mai 2000.

Yves Camberlein est chef de service de l'unité de soins palliatifs de l'hôpital de l'Université de Paris, première unité de soins palliatifs de France (8 lits).

"Notre rôle est de faciliter la communication entre le patient et son entourage, éventuellement avec nous, mais en sachant nous effacer.
Mais c'est vrai que ça nous permet de vivre des moments très intenses, parce que ces personnes en fin de vie font des confidences sur leur vie, sur comment elles ont mené cette vie, quelles sont leurs conclusions à la fin de leur vie, qu'est-ce qu'elles vont ou non remettre en question… Et ça, c'est très gratifiant.

C'est important que ces relations que nous avons privilégiées avec un malade soient reconnues par le reste de l'équipe.
Aucun de nous ne pourrait vivre ce qu'il vit sans la relation entre les membres de l'équipe, sans l'appui des autres, la disponibilité des autres, l'écoute des autres… Je pense que c'est fondamental. (…)

C'est aussi notre rôle à nous de dédramatiser la mort dans ses moments les plus brusques… en disant qu'on peut être là, qu'on les aidera. (…)
Certains mourants lucides meurent en souriant, en regardant leurs proches et sans souffrir, même moralement. On dirait un peu qu'ils sont dans un état de béatitude. Je crois que c'est important de pouvoir le dire.

La mort étant de plus en plus évacuée, peu de personnes ont assisté à la mort de quelqu'un, et ne pas voir ce qu'est un mort, ça laisse se former des tas de fantasmes. (…) C'est l'image de la mort qui vous étrangle, avec un rictus. C'est de cette réflexion-là qu'il ne faut pas mettre à l'écart les enfants. La mort, c'est un moment difficile, mais inéluctable. Il n'y a pas à taire ce qui va se passer. Peut-être simplement s'adapter à la compréhension d'un enfant. Mais c'est peut-être aussi très important de signifier à un enfant que sa mère ou sa grand-mère, dans les moments ultimes de sa vie a souhaité le voir. Ça veut dire qu'il représente quelque chose d'important (…). Peut-être que c'est une image un peu dure, mais au moins, il exprimera sa douleur, son vécu. Si on lui cache la mort, si on en fait quelque chose de tabou, un interdit, il en ressentira peut-être le poids toute sa vie."

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