"Les soignants qui nous ont entourés
étaient exceptionnels"
"Le Parisien", 22 février 2002.
Yann Pivet, 62 ans, a bénéficié de
soins palliatifs à domicile pour son épouse
aujourd’hui décédée.
"Le 14 octobre 2001, Viviane Pivet, 58 ans, est décédée
chez elle, entourée de son mari et de ses quatre enfants.
« Il était dix heures du soir, je lui tenais
une main, ma fille serrait l’autre, nous étions
tous là. Nous l’avons tous embrassée »,
se souvient Yann, son époux.
Viviane souffrait depuis trois ans d’un cancer aux ovaires,
compliqué de métastases multiples. De rémission
en rechute, l’espoir de guérison s’est
définitivement éloigné en avril 2001.
« Quand la mort est apparue certaine à échéance,
nous avons choisi de faire appel à l’hospitalisation
à domicile. Imaginer ma femme mourir seule dans sa
chambre d’hôpital et attendre le coup de fil d’une
infirmière au petit matin m’était insupportable".
Pendant cinq mois, infirmières et médecins
du centre de soins palliatifs François-Xavier-Bagnoud
vont se relayer au chevet de Viviane. Installée au
milieu du séjour de la maison, « pour qu’elle
ait plus d’espace », Viviane, qui avait perdu
l’usage de la parole, est soignée sur un lit
médicalisé avec un matelas spécial anti-escarres.
« C’est vraiment l’hôpital qui vient
à la maison. Certains jours, six à sept personnes
passaient pour les soins, les piqûres, les changes,
la toilette », raconte son mari. L’avantage de
l’hôpital sans les inconvénients. «
Souvent à l’hôpital, quand le personnel
vient pour la toilette, on vous demande de sortir, relate
Yann. Ce n’est pas facile à comprendre, après
37 ans de mariage. Là au moins, j’avais ma place
à ses côtés et, souvent, je la maquillais
d’un peu de fond de teint ou lui couvrais la tête
d’un foulard pour cacher la perte de ses cheveux. »
"Pouvoir vivre ensemble ces derniers instants, ça
n’a pas de prix !"
Admirables, exceptionnels, Yann ne tarit pas d’éloges
sur tous les soignants qui les ont entourés tout ce
temps. « ça va bien au-delà du geste technique.
Ils se sont attachés à ma femme et à
la famille. Je ne les remercierai sans doute jamais assez
pour leur aide précieuse. »
Accompagner ses proches jusqu’à la mort nécessite
une force physique et morale qu’un conjoint, un enfant
seul ne peut assumer, comme Yann en témoigne : «
Un des obstacles, à mon avis, au développement
des soins palliatifs, c’est la présence 24 h/24
nécessaire auprès du malade. Cette présence
n’est pas prise en charge financièrement. Moi,
grâce à mon métier d’ingénieur,
j’avais suffisamment d’argent pour me le permettre.
Cela m’a permis de dormir, souffler un peu en sachant
que Viviane n’était jamais seule. »
Deux jours avant de partir, Viviane, dans un sursaut de vitalité,
a retrouvé la force de parler à son mari : «
En tête à tête, dans notre maison, elle
a eu la force de dire « Je t’aime ». A mon
tour, je lui ai chuchoté ce mot. Pouvoir vivre ces
derniers instants ensemble, ça n’a pas de prix
!"

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