"L’amour des proches est très
important"
"Impact médecin hebdo" n°487, 7 mars
2000.
Marie de Hennezel est psychologue et psychothérapeute
en soins palliatifs.
"Pionnière dans le développement des
soins palliatifs, vous écrivez dans votre livre «Nous
ne nous sommes pas dit au revoir » (*) que l’euthanasie
n’est pas la réponse à la souffrance extrême.
Quelle alternative proposez-vous ?
Lorsque la souffrance est trop grande, on peut apporter aux
mourants ce que l’on appelle un sommeil induit, une
sédation. Comme dans le coma artificiel, la conscience
disparaît, mais l’inconscient est toujours là.
Aussi, tout ce qui se vit pendant cette période entre
le mourant et ses proches est très important. D’importants
progrès ont été réalisés
dans la sédation ces dernières années.
Par des doses appropriées de sédatifs, le sommeil
du malade est entretenu pendant 24 ou 48 heures. Un telle
cure de sommeil permet au malade de se détendre, de
lâcher prise, et ainsi de mourir paisiblement des conséquences
de l’évolution de la maladie.
Souvent, les gens sont prêts à mourir et le
souhaitent, mais le corps s’accroche et lutte pour survivre
car il y a une peur animale de la mort. On assiste alors à
des agonies pénibles. Larguer les amarres est un véritable
travail de détachement. Une voix qui parle, une simple
présence libèrent. Bien des soignants le savent
qui s’assoient au chevet des mourants et leur donnent
avec infiniment de tendresse la permission de s’en aller.
Cette présence sans angoisse qui communique la paix,
certains soignants ou proches croient pouvoir la donner en
étant « gentils » et pleins de sollicitude
pour le mourant. Mais ce n’est pas ça qu’il
faut faire. Ils ne se rendent pas compte en fait que cette
bonne volonté étouffe plus souvent qu’elle
ne libère le mourant. En réalité, ce
qui aide le malade, c’est une présence qui ne
veut rien, n’attend rien mais laisse libre.
Tous les médecins n’ont pas forcément
la vocation d’accompagner la fin de vie. Ils ont le
droit de ne pas adhérer aux soins palliatifs. Comment
les convaincre ?
Avoir peur de la mort est une réaction normale. Les
soins palliatifs ne sont pas du ressort de personnes plus
fortes émotionnellement que d’autres. Accompagner
la fin de vie, ça s’apprend. Les études
de médecine devraient s’ouvrir prochainement
aux sciences humaines et à l’éthique.
Sur le terrain, aujourd’hui déjà, le médecin
qui se sent désarmé peut trouver des appuis
: des réseaux de soins palliatifs ont été
mis en place avec lesquels il peut entrer en contact. L’association
Jalmalv propose des groupes de soutien en peu partout en France.
Une chose est sûre, tout individu, médecin ou
non médecin, qui a déjà été
confronté de près à la mort d’un
proche est beaucoup plus sensibilisé aux soins palliatifs.
Peut on parler de la mort comme d’un moment heureux
?
Oui. Et ce n’est pas si exceptionnel. Notamment chez
les personnes très âgées. A partir du
moment où l’on meurt en paix avec soi-même,
et que tout est bouclé, le moment est venu de partir.
Sans angoisse. D’autant que des étapes bien plus
douloureuses ont été vécues auparavant.
La foi aide-t-elle à mourir paisiblement ?
Oui, certainement. Mais cela ne veut pas dire que les personnes
qui n’ont pas la foi ne peuvent pas mourir en paix.
Ce qui compte, c’est d’avoir une certaine philosophie
personnelle. La plus grande force pour passer le cap est de
réunir la foi… l’humour et l’amour.
L’amour des proches est très important.
Votre expérience au chevet des malades vous a-t-elle
donné une réponse sur ce qui se passe après
la mort ?
Ce qui m’a toujours frappée, c’est l’expression
des visages revêtus de jeunesse et de calme. Est-ce
que c’est parce que la souffrance s’est arrêtée
ou parce que l’expérience de l’au-delà
est agréable ? Je ne sais pas."
(*) Robert Laffont, 2000.

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